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Le Baseball

D’après Gilles THOMAS

S’il est légitime et naturel que chacun connaisse et revendique ses origines, le baseball semble avoir fait l’objet d’une quête effrénée de recherche de paternité. Pour affirmer leur prégnance sur ce sport qu’ils qualifient de « national pass-time », les Américains sont allés jusqu’à créer de toute pièce son inventeur…
Lors de la dépression des années 30 les organisations professionnelles du baseball américain décidèrent de commémorer le centenaire de la naissance de leur sport en créant à Cooperstown, lieu supposé de la première rencontre, un musée du baseball. Pour cela ils s’appuyèrent sur les affirmations d’A. G. Mills, président de la commission, qui déclara à la fin du siècle dernier qu’Abner Doubleday avait créé le baseball en 1839. Il n’est pas anodin que celui-ci, major général de l’armée de l’Union fut un héros des batailles de fort Sumter et de Gettysburg et accessoirement ami d’A. G. Mills. Son patriotisme et son engagement dans l’histoire des Etats-Unis en faisait un honorable père du baseball, Les historiens, depuis lors, ont battu en brèche ce mythe du créateur américain bon ton, représentant parfait d’une Amérique à la recherche de son identité. S’il faut citer le nom d’un créateur du baseball, c’est véritablement celui d’Alexander Cartwright. Non pas qu’il fabriqua ex-nihilo le baseball mais plutôt parce qu’il codifia en 1845 un jeu auquel s’adonnaient des » wallstreeters » à l’angle de Madison et de la trente-septième (Manhattan).

Les origines

La similitude qui existe entre le cricket et le baseball ne peut être fortuite. Le fait que contrairement à la plupart des autres sports collectifs le but du jeu n’est pas de faire pénétrer une balle, un ballon, un palet ou un volant dans un espace délimité pour marquer des points, rapproche inéluctablement ces deux disciplines. C’est semble-t-il la guerre civile (1861-65) qui marqua définitivement la prédominance du baseball sur le cricket aux USA. L’historien américain George Kush estime à quatre cents le nombre de clubs de cricket existant à cette époque aux Etats-Unis.

De nombreux jeux populaires ont préexisté à ces deux sports. Si la plus vieille référence française au « criquet » (bâton qui était fiché en terre lors de jeux populaires) date de 1478, il faudra attendre 1774 pour que le duc de Dorset et Lord Tankerville codifient le cricket en Angleterre. La filiation qui existe entre le cricket et le rounders ou le stool ball n’est pas très claire mais ces deux jeux établissent, apparemment, ce que l’on pourrait considérer comme le chaînon manquant entre le cricket et le baseball.

L’objectif de ces jeux était le même « après avoir frappé une balle de la main (stool ball) ou à l’aide d’une batte (rounders, «one old cat ») il fallait exécuter un trajet pour marquer des points ». C’est au niveau de ces trajets qu’on note des différences fondamentales

– Va et vient entre deux pôles pour le stool ball (stool tabouret à trois pieds utilisé pour traire les vaches), le «one old cat » et le cricket

– Trajet joignant plusieurs piquets ou bases pour le rounders et le baseball (le rounders est toujours pratiqué par les enfants en Angleterre).

La thèque que des générations entières de jeunes français ont pratiqué en colonies de vacances représente la version française du baseball. Si certains en font remonter ses origines au Moyen Age (où on pratiquait le « Tequon »), il serait hasardeux d’y voir l’origine du baseball ou du cricket. Il n’en reste pas moins vrai que la thèque fut pratiquée avec ferveur, principalement en Normandie. Si ce n’est pendant des siècles tout au moins pendant de nombreuses décennies. Ce qui tendrait à prouver que, contrairement à une idée reçue trop souvent entendue, les Français ne seraient pas génétiquement hermétiques aux règles et principes de jeu du baseball.

Son essor

Si on peut relativiser la paternité américaine du baseball, on ne peut nier que c’est aux Etats-Unis que ce sport a connu un développement phénoménal. Du premier match de baseball répertorié en 1846 qui opposa l’équipe d’Alexander Cartwright, les Knickerbockers baseball club au New-York club, jusqu’au tournoi olympique de Barcelone, le baseball s’est propagé sur la presque totalité du globe. Très tôt aux Etats-Unis le baseball s’est structuré selon un mode professionnel. Entre 1850 et 1860 les paris que faisaient les spectateurs sur les rencontres ont induit le professionnalisme, sous forme de « Share of the gates » (partage des entrées) puis sous forme de véritables salaires pour les joueurs.

Ailleurs l’évolution s’est faite du loisir amateur vers le professionnalisme. Le Japon a été un des premiers pays à adopter le baseball comme sport national. Contrairement à ce qu’il serait logique de penser, ce n’est pas la cohabitation forcée des deux cultures pendant la deuxième guerre mondiale qui a développé la pratique du baseball au pays du soleil levant, car dès 1870 les Japonais se sont adonnés à cette pratique. C’est en 1930 que les premières équipes professionnelles nippones se sont organisées en championnats.

Cuba, actuellement maître incontesté du baseball mondial amateur, a également très tôt adopté le baseball comme sport national (1866). A cette époque les autorités coloniales espagnoles allaient jusqu’à interdire les compétitions de baseball de peur que les fonds collectés lors des matchs ne servent à alimenter les caisses des opposants au régime. Malgré cela, il faudra attendre la révolution castriste de 1959 pour que soit mis fin aux possibilités qu’avaient les meilleurs joueurs cubains de jouer au sein des équipes professionnelles nord-américaines.

Et la France dans tout cela?

Ce n’est pas la thèque, comme il aurait été logique de le penser, qui donna naissance au baseball hexagonal. Ce sont les américains, avec une force irrésistible de retour aux sources ou peut-être plus trivialement une nécessité économique d’ouverture sur de nouveaux marchés pour leurs matériels de baseball, qui organisèrent des tournées d’abord en Grande Bretagne (1874 avec AI Spalding) puis plus tard dans d’autres pays d’Europe dont la France. Celles-ci donnèrent naissance aux embryons du baseball européen. En France quelques établissements scolaires s’essayent au baseball dans les années 1890 et c’est en 1913 qu’est créé le premier véritable club français le Ranelagh Baseball Club. A la suite d’une rencontre jouée à Colombes de deux équipes professionnelles américaines les Chicago White Sox et les New York Giants Frantz Reichel, dirigeant du sport international très connu à l’époque, décide de créer la fédération française de baseball. Nous sommes en 1924.

Aujourd’hui plus de cent soixante-dix clubs (*) composent la fédération et 8 600 (*) joueurs et joueuses enfilent leur gant chaque week-end pour participer aux différents championnats, espérant peut-être faire partie de l’équipe olympique de baseball ou de softball. En effet, après de nombreuses apparitions dans les programmes des jeux, 1912, 1924, 1936, 1952, 1956, 1964 et finalement 1984 Los Angeles et 1988 Séoul, le baseball a été admis comme sport à médailles aux Jeux de Barcelone. Le softball féminin quant à lui sera olympique au côté de son homologue masculin à Atlanta.

 

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